Le plâtre, réalisé en 1882, fut exposé au Salon. Remodelée en 1885, cette version en terre cuite figura au Salon de 1885 sous le titre Vieille femme. Mathias Morhardt, le premier biographe de Camille Claudel, signalait en 1898 l’existence d’autres épreuves dans des collections américaines. Un exemplaire en terre cuite patinée argent figura au Salon de la Société nationale des beaux-arts en 1902, sous le titre L’Alsacienne. Du vivant de Camille Claudel, un exemplaire en bronze a été édité en 1905 par Thiébaut Frères, cette œuvre appartenant à la famille de l’artiste. Enfin, une fonte posthume a été réalisée en 1989 par la fonderie Rocher. Le musée de Nogent-sur-Seine possède un exemplaire de cette fonte (n° 1/8, inv. n° 2010.6.2).
Les années de formation
La Vieille Hélène est le buste d’une servante qui était au service de la famille Claudel à Villeneuve-sur-Fère. Au sortir de l’adolescence, Camille Claudel disposait d’une formation limitée. Elle avait rencontré Alfred Boucher à Nogent-sur-Seine, qui lui avait enseigné les rudiments du modelage. Camille avait réussi à convaincre sa famille de s’installer à Paris, mais à cette époque, il n’était pas possible pour une jeune femme de s’inscrire à l’Ecole nationale des beaux-arts. En 1881, elle suivit les cours de l’académie Colarossi, où elle pouvait assister à des séances de modèle vivant. L’année de réalisation du premier plâtre de la Vieille Hélène, en 1882, Camille louait un atelier avec quelques amies, rue Notre-Dame-des-Champs, pour y faire de la sculpture. Les jeunes femmes recevaient les conseils d’Alfred Boucher. Ce dernier, en partance pour l’Italie, confia ses élèves en 1883 à Auguste Rodin, qui fit entrer Camille l’année suivante dans son atelier. Ces quelques commentaires n’ont pour seul but que d’insister sur le caractère purement instinctif de la démarche artistique de Camille Claudel. Elle parvint à réaliser en peu de temps, au gré des circonstances et à force de travail personnel, ce qu’un jeune homme pouvait faire en quelques années, à l’Ecole nationale des beaux-arts, comme ce fut le cas pour Alfred Boucher.
Dans la première partie de sa carrière, Camille Claudel réalisa beaucoup de portraits de ses proches, et d’abord par commodité : son frère Paul, sa sœur Louise, puis son beau-frère Ferdinand de Massary, son ami le peintre Léon Lhermitte, Rodin… Il s’agissait de personnes de son entourage, des modèles disponibles qu’il n’était pas nécessaire de rémunérer. Il apparaît également qu’il devait exister entre l’artiste et son modèle une relation de confiance et de proximité.
La Vieille Hélène
Camille représenta cette femme âgée en insistant sur les caractéristiques du visage émacié, tout en saillies, les rides, le cou décharné, de façon étonnamment réaliste. Elle devait la connaître depuis l’enfance, cette vieille alsacienne qui faisait presque partie de la famille. À regarder ce visage, on ressent une grande connivence entre la jeune artiste et son modèle. Ce qui frappe, c’est la vigueur de l’exécution, la force du modelage et son caractère décidé. Le visage est fièrement campé, et rythmé par la torsion du cou qui donne un mouvement vif. L’expression du visage, malgré un aspect extérieur et immédiat presque brut, possède une grande finesse d’exécution par l’expression si particulière de la bouche et du regard. Les pupilles des yeux sont creusées, contrairement à sa pratique ultérieure, où les pupilles seront traitées en volumes. Nul misérabilisme cependant, mais tout au contraire une immense force vitale : celle d’une jeune femme qui parvient à transcender les difficultés que pose la matière à qui veut s’en servir pour s’exprimer. Pas d’art plus physique que la sculpture, pas d’approche plus globale du monde non plus. Des commentateurs de cette œuvre, qui contient les prémices des aspects les plus originaux du style de Camille Claudel, ont mis en parallèle la Vieille Hélène et le portrait que Boucher réalisa de sa mère, en 1880. Il y a en effet dans ces deux œuvres la même franchise dans l’exécution, une force d’observation identique et une probité, une humilité et une maîtrise que l’on rencontre chez les meilleurs artistes. Camille Claudel retrouva plus tard cette verve naturaliste, notamment dans le traitement des personnages de son chef-d’œuvre L’Âge mûr.
On peut mieux comprendre la décision de Rodin de faire entrer la jeune femme dans son atelier, alors qu’elle avait à peine vingt ans. Beaucoup de sculpteurs, contemporains de Camille, et au même âge qu’elle, ne possédaient pas cette évidence ni cette maîtrise dans la pratique de la sculpture. Malgré ses petites dimensions, la Vieille Hélène possède un vigoureux caractère de monumentalité. De quoi subjuguer Rodin qui recherchait, non des élèves, mais des collaborateurs.
Texte : Yves Bourel
1885
Musée de Nogent-sur-Seine, inventaire 2010.1.1
Ancienne collection Reine-Marie Paris
Achat par la Ville de Nogent-sur-Seine en 2008, validé par la Commission Scientifique Interrégionale pour l’Acquisition Champagne-Ardenne/Lorraine en 2010






