Née en 1864 à Fère-en-Tardenois, Camille Claudel voulut très tôt devenir sculpteur. Lors des années passées à Nogent-sur-Seine avec sa famille, entre 1876 et 1879, elle rencontra Alfred Boucher, qui lui donna ses premières leçons alors qu’elle était une adolescente. Après son installation à Paris, elle suivit en 1881 les cours de l’académie Colarossi, et ouvrit, avec quelques amies, un atelier de sculpture rue Notre-Dame-des-Champs. Alfred Boucher s’y rendait pour corriger les travaux de ses jeunes élèves. À cette époque, les femmes n’étaient pas autorisées à s’inscrire à l’Ecole nationale des beaux-arts de Paris, ce qui était un obstacle important pour mener une carrière officielle. Alfred Boucher se rendit à Florence en 1883, et confia ses élèves à Auguste Rodin. Frappé par le talent de le jeune femme, Rodin la fit entrer dans son atelier en 1884, et l’associa dans la réalisation de ses commandes, en particulier le Monument aux Bourgeois de Calais. Elève, praticienne, collaboratrice du maître, elle s’adonna à la sculpture avec une ferveur et un acharnement sans pareils, développant sa technique et ses dons, aussi à l’aise dans le modelage que dans la taille du marbre.
À partir de 1893, elle voulut s’émanciper d’une influence aussi forte, en se séparant de Rodin avec lequel elle vécut une intense passion amoureuse. Ce fut la période de ses chefs-d’œuvre : la Valse, la Petite châtelaine, l’Âge mûr. Remarquée par la critique lors de ses envois au Salon, elle ne parvint pas cependant à obtenir les commandes officielles qui lui auraient permis de vivre de son art. Quelques commanditaires privés, au premier rang desquels figurent la comtesse de Maigret, le baron Alphonse de Rotschild, le capitaine Tissier, et le fondeur Eugène Blot, permirent à Camille d’exécuter certaines de ses œuvres majeures.
Les difficultés de l’existence, la rupture définitive avec Rodin, le manque de reconnaissance de son talent, toutes ces raisons l’amenèrent à se replier sur elle-même, vivant recluse dans son atelier du quai Bourbon, jusqu’à son internement en 1913, décidé par sa famille. Elle passa les trente dernières années de sa vie à l’asile de Montdevergues, et elle mourut à Montfavet en 1943.
Une première rétrospective de ses œuvres fut organisée au musée Rodin en 1951, mais l’exposition n’obtint pas le succès public escompté. Les premières études sur l’ensemble de son œuvre datent de la fin des années 1970 et du début des années 1980, mais c’est par la littérature que le public découvrit le destin tragique de cette femme exceptionnelle, à travers la biographie romancée écrite par Anne Delbée. Quelques années plus tard, Isabelle Adjani interprétait le rôle de Camille, aux côtés de Gérard Depardieu qui campait un Rodin saisissant dans le film de Bruno Nuytten. Depuis, les publications scientifiques se sont multipliées, et de nombreuses expositions ont rendu justice au talent de cette artiste.
Mais cette femme suscite encore et toujours des passions et des conflits. L’émotion semble toujours présente, plus de soixante ans après sa mort. Qu’en est-il donc de son œuvre ? Ne faut-il pas la considérer, avec le recul du temps, dans l’histoire de l’art français ? Elle fréquenta des musiciens comme Claude Debussy, et elle fut l’une des rares femmes qui assistèrent, avec son frère Paul Claudel, aux célèbres « mardis » de Stéphane Mallarmé, en compagnie des meilleurs écrivains et poètes du temps, dont Paul Valéry, André Gide.
Comment une femme, en cette fin de XIXe siècle, pouvait-elle devenir sculpteur ? Quels obstacles se dressèrent sur sa route ? Quel rêve artistique poursuivit-elle sa vie durant ? Quelle est sa place dans l’histoire de la sculpture française ? Telles sont les questions auxquelles la conférence tentera de répondre, en esquissant le projet muséographique du futur musée de Nogent-sur-Seine.
Conférence : Camille Claudel et ses maîtres
- Le mardi 6 décembre 2011 à 17h30
- Centre culturel, La Chapelle Saint-Luc






